Vous en êtes où avec ça ?

De mon point de vue, c’est une plaie ce truc.

Alors oui : ça peut être cool pour les enfants. Pour certains enfants. Pas tous.

J’imagine que ça peut être cool pour certains adultes.

En ce qui me concerne, j’ai de la chance, celui de cette année pour tranquille qu’il soit est plutôt cool.

 

Tout est relatif. Nous avons eu largement de quoi manger à notre faim pour le réveillon, l’ambiance était détendue, les enfants ont eu assez de cadeaux pour être heureux (oui, le bonheur n’est pas une question de nombre de cadeaux. Nous sommes d’accord).

A côté de ça une de mes grandes a choisi de passer les fêtes à l’hôpital psychiatrique… Cela fait remonter chez moi des souvenirs du passé. Des souvenirs de notre passé. Et des regrets. Et des peurs.

Des regrets de n’avoir pas pu protéger des enfants d’une vie foncièrement merdique à défaut d’être horrible… Encore que. Tout est une question de point de vue.

De la tristesse de me dire qu’elle n’attend rien de ces fêtes, et de savoir pourquoi.

En même temps, c’est « cool » : cela signifie qu’elle prend soin d’elle.

Et oui, car choisir d’aller à l’hôpital psychiatrique plutôt que d’attendre de péter un plomb et faire des conneries, c’est prendre soin de soi.

Je suis dubitative : apprécier le fait que ma fille choisisse d’aller en hôpital psychiatrique et voir ça comme une bonne chose. Voici à mon sens une étrange façon de penser. Serait-ce une vieille habitude du genre « sachez voir ce qui est positif » ?

Et pourtant, ça l’est : positif.

Quelque chose m’échappe…

Oui, c’est une étrange mélancolie quand ce que vous avez de plus positif consiste surtout en « ça aurait pu être pire »

Mais les choses ne sont pas Unes et indivisibles.

Elles sont. Elles se juxtaposent.

Que puis-je faire de ces sentiments mêlés ?

J’ai de la chance : j’ai une vie plutôt cool ces temps-ci.

J’ai de la chance même si une tristesse lancinante s’accroche à moi depuis un bout de temps. Au moment où j’écris, ça va…

J’en ai presque honte. Et pourtant « tout va bien ».

Une autre de mes filles est partie travailler pour la saison dans une station de ski. Elle n’est donc pas là pour les fêtes. Mais elle était là ces six derniers mois, ça va.

J’ai de la chance : elle a fait, l’an dernier, ce qui semble être un AVC. Elle est jeune et sportive. Elle n’a pas eu la moindre séquelle. Elle nous fait ça à 23 ans… J’ai peur qu’elle en fasse un autre et que les suites soient nettement plus rudes. Mais elle va bien.

Une autre de mes filles, je ne la vois pratiquement plus. Elle s’est fait opérer il y a peu de temps. Je vous passe les détails. Elle n’a pas pu payer son opération. Elle doit de l’argent. Je n’ai pas les moyens de l’aider. Et ça me fait chier… Une deuxième opération se profile. Et je ne sais même pas si elle va pouvoir la faire alors qu’elle va Devoir la faire. Mais, dans son cas, il y a des dépassements d’honoraires et ça, c’est pas pris en charge. Il semble que pas d’autre médecin, au tarif conventionné, puisse s’occuper de son cas… Yep.

Je ne la vois pratiquement plus. J’ai de la chance : les liens ne sont pas complètement brisés… Mais je ne sais pas quoi faire pour arranger ça. Elle m’en veut, pour des trucs… je ne sais même pas lesquels. Ou pas vraiment. Je crois que c’est légitime. Même si j’ai fait du mieux que je pouvais. Mon mieux était largement insuffisant.

Et ma mère, je ne la vois plus. Et je ne veux pas la voir. Je ne parlerai pas de ça maintenant.
Le temps passe, un jour, probablement, j’aurai l’obligation de m’occuper d’elle. Ce sera mon devoir. Et je crains fort que je n’aurai même pas les moyens de le remplir.

Mais à part ça, tout va bien. Je vis dans mon petit monde. Et je vis en paix. Relativement.

Je n’ai pas l’obligation de m’acquitter d’un travail d’esclave (ou d’un autre) pour vivre.

Et j’ai du temps à utiliser pour tenter, sans beaucoup de succès à mon goût, de changer ma vie.

Et je m’en donne les moyens. Enfin, j’essaie.

C’est la période des fêtes de Noël et de la nouvelle année.

Elles ont ceci de terrible pour beaucoup de gens qu’elle met en évidence tout ce qui ne va pas et qui « devrait » aller bien…

vivons-nous dans une société où nous DEVONS aller bien ?

La vérité c’est que nous allons comme nous pouvons.

Et si ça va bien, tant mieux. Et si non : c’est comme ça.

Les choses sont ce qu’elles sont et si nous pouvons décider de nos actions (ce qui reste à prouver) nous n’avons aucun pouvoir sur : les choses sont ce qu’elles sont en cet instant.

C’est cool pour les enfants, les fêtes de Noël.

Pas pour tous.

Je vous parlerai, un autre jour, de notre folie consumériste, de nos modes de productions

et de plein d’autres trucs.

Merci de m’avoir lu.

Je vous souhaite à toutes et à tous une très belle journée.